samedi 6 février 2010

Mes Parents ; 60 ans de mariage heureux; mais 60 années de schizophrénie culturelle
• L'un écossais, issu d'une famille protestante (Presbytérienne, c-à-d Calviniste) et monarchiste;
• l'autre italienne, issue d'une vieille famille catholique de Romagne, un des anciens états pontificaux ; républicaine ; admiratrice des Lumières du Risorgimento et de Garibaldi.

Pour comprendre leurs différences, regardons un moment qu’est que c’est d’être Calviniste ou Catholique ; Républicain ou Monarchiste:
Commençons par le Calvinisme :

La famille de mon père était Presbytérienne; c’est le protestantisme à la française de Calvin dans la droite ligne de la pensée Cathare; un Protestantisme néanmoins adapté aux mœurs de ce pays pluvieux du nord qui est l’Ecosse; c’est l’accueil de la richesse, du pragmatisme, de la responsabilisation solitaire devant Dieu et devant son destin ;

Une religion dure avec une doctrine sur la prédestination qui n’admet pas qu’un homme puisse gagner le salut par ses propres œuvres, mais qu’il est soumis à un destin personnel et immuable connu de Dieu depuis toute l’éternité; la logique déductive de Jean Calvin aux sujets de l’omniscience et de l’omnipuissance de Dieu aboutissent, selon lui, nécessairement à la doctrine de la prédestination ; il tient que, puisque la pensée humaine est le don de Dieu et que l’homme est fait à son image, toute construction dogmatique pour nier la doctrine de la prédestination est doctrinalement irrecevable. Il rejette en bloc la tradition catholique post biblique, en remettant en question la pensée platonique de St Augustin; mais il est plus ouvert à la logique de St Thomas d'Aquin influencée lui par Aristote; c.-à-d. à une religion qui tient compte de ce monde; une religion pragmatique plutôt que dogmatique; d’une pensée linéaire, empirique et humaine plutôt que d’une pensée elliptique. Selon Max Weber, le sociologue allemand, qui a identifié l’origine du Capitalisme avec le protestantisme Calviniste, le Calviniste accueille les richesses de ce monde en don de Dieu, richesses qui ne seraient accordées qu’à l'homme vertueux ; l’argent est donc un signe à posteriori que le bon Dieu lui a réservé un destin saint, et, puisque l’homme vertueux et ascétique ne dépense pas son argent pour son propre plaisir, il l’accumule et le constitue donc sous la forme d’un capital.

J’appelle Réformiste la personne levée dans une société protestante : peu importe qu’elle soit de religion protestante ou catholique, car elle se trouve influencée par les valeurs, les comportements et donc par la culture d’une forte majorité protestante, qui sont :
• sens pessimiste de solitude devant son destin, ce qui le rend intolérant du pécheur, qui est manifestement destiné à l’enfer, ou de toute émotion trop manifestée;
• néanmoins, une solitude terriblement responsabilisante devant Dieu;
• pensée humaine de ce monde, que j’appelle linéaire, analytique, empirique, et qui rejette le mysticisme ;
• pragmatisme plutôt que dogmatisme ;
• tolérance à la pensée inductive;
• préoccupation avec le temps un don de Dieu, qui est compté à l’homme dans ce monde ;
• satisfaction d’être un homme sauvé, car il a de l’argent, mais une tendance vers la modestie et vers l’ascéticisme pour se convaincre de sa vertu ;

Vient ensuite le catholicisme de ma mère, enfant italien avant la guerre ’39-’45 ; son profil est de celui que j’appelle Romaniste

Elle a passé sa jeunesse sous la papauté de Pie XII dans le traditionnel éloge de la pauvreté et sous le manteau d’une mère église nourricière toute puissante ;
Un catholicisme bien Romain, classique, où le poids de l'autre monde et la figure de la mère église s’imposait encore sur le pouvoir temporel en Europe ; un catholicisme pas encore empreint du libéralisme de Vatican II; un catholicisme où ce qui est prononcé ex cathedra ne tolère pas de remise en question par les fidèles malgré leurs difficultés dans un âge scientifique à intégrer un dogme qui apparaît en conflit avec la nature de ce monde; un catholicisme offrant le catharsis du grand sacrement du pardon divin qui dans l’omnibénévolence très catholique de Dieu est prononcé par un autre homme qui a reçu le sceau divin de l’ordination; un catholicisme de l'éloge franciscain, un peu fémininisant, de la faiblesse et de la pauvreté; mais c’est aussi une tradition « maschio » d’exclusion d’hérétiques de la collectivité croyante et probablement du Paradis: par l’Inquisition; par les guerres de religion; par les luttes de frontière et de territoire qui, franchement, semblent avoir tout de l’impérialisme ; d’ailleurs, le Vatican est techniquement un monarchie.

Quel est l’impact du catholicisme sur les valeurs et sur le comportement de celui que j’appelle le Romaniste ? Qu’il soit catholique ou protestant, il est néanmoins élevé dans une société de majorité catholique et Romaine à laquelle il est forcé de s’adapter. Il me semble que les caractéristiques principales qui le distinguent sont :
• une aptitude à internaliser du dogme en conflit avec son vécu quotidien humain, naturel et empirique ;
• la pensée elliptique, qui permet de rationaliser ce dogme en rejetant toute conclusion binaire ; le noir et le blanc n’existent plus ; tout est en niveaux de gris ; rien n’est simple, car le monde est bien trop complexe ; c’est la pensée qui se trouve à l’origine du mysticisme et de cette supériorité du Romaniste en matière de synthèse et de construction ; c’est l’argument final « quod erat demonstrandum » que la logique divine n’est pas la logique humaine ;
• aussi, un besoin de s’accrocher au Cartésianisme, autrement dit, à la pensée déductive, pour apporter la rigueur d’un peu de logique humaine, quand même ;
• une externalisation de la responsabilité de l’état de son âme sur une mère église toute puissante ;
• une impunité face au péché grâce au mystère du pardon divin donnée des mains d’une aristocratie cléricale, peut-être in fine les véritables enfants de Dieu, vivant déjà dans l'autre monde dans celui-ci;
• cette étrange admiration de la faiblesse et de la pauvreté ; la culpabilité au sujet de l’argent ; le tout cherchant à justifier que le salut ne se trouvera que par la détresse humaine ;
• un refus de donner de l’importance au temps dans ce bas monde face à l’éternité de l’autre.

Malgré le soutien par Mussolini de la Maison de Savoie, les idées catholiques de ma mère étaient néanmoins assorties d’une éthique franchement Républicaine;

Elle a grandi dans le sillage du Risorgimento, de cette sensibilité populaire fruit du romantisme des Lumières et d’une Italie enfin unifiée; touchée par le communautarisme et l’état sacralisé du Suisse, qui était Jean-Jacques Rousseau;
La République italienne d’aujourd’hui est empreinte de ce Risorgimento, qui a abouti avec l’aide de la France et, parfois, malgré la France, à l’unité finale du pays, quand les révolutionnaires se sont finalement appropriés les états pontificaux au moment de la guerre Franco-Prusse et de la Commune. Le républicain Mazzini avait fait tout au long des hostilités l'éloge d’une république où uniquement ce qui est dans l’intérêt de la collectivité est bon. La république, cet état « saint » n’a pas de place pour une deuxième déité, et l’anti cléricalisme s’était déjà établi progressivement à partir de 1849 quand Cavour, en suivant l’exemple de Napoléon, cherchait à mettre la main sur les anciennes terres pontificales; les italiens n’ont pas guillotiné leurs prêtres ; la manifestation de la nouvelle république contre l’église était moins violente que sous la république de Robespierre en 1793 contre les prêtres dits refractaires; après tout, les valeurs humanistes de l'égalitarisme dans un état sacralisé n’étaient pas si loin de celles de St François du soutien du plus faible, et non seulement Assise se trouvait à quelques vallées plus loin, mais, et surtout, le Vatican.

La France a montré la voie de la république dite « moderne ; » ceux qui ont grandi sous sa philosophie sont des Républicains : grâce essentiellement à Voltaire et à Rousseau ce modèle véhicule des valeurs :
• de la quasi déification de l’Etat et d’un humanisme qui, selon Voltaire, n’admet que difficilement la concurrence d’une église;
• d’égalitarisme, et de la redistribution des richesses par l’intermédiaire d’un état protecteur, qui n’a pas de visage humain;
• du service de l’intérêt de l’état au nom de la collectivité des citoyens avant celui de tel ou de tel citoyen individuel ;
• du communautarisme et du poids de la rue pour que le citoyen puisse au moins s’exprimer;
• du principe de la méritocratie, et de la méfiance du pouvoir individuel ou du privilège de celui qui n’a pas été élu ;
• de l'idéalisation des droits mais pas forcément des devoirs;
• d’une communication libre et fluide entre citoyens réputés tous égaux;

Et enfin, dans cet éventail politique, mon père était Monarchiste :

La Monarchie ; cette constitution millénaire, féodale, virile, militaire, où l’individu l’emporte sur une communauté peu perceptible:
ce sont les valeurs du Prince de Machiavel, dont le but est de garantir sa survie et celle de sa famille par : les guerres de territoire; la xénophobie; le pouvoir individuel ; dans le nord de l’Europe, la création d’églises nationales et dans les maisons d’Autriche et d’Espagne l’alliance avec le Vatican, car même Rousseau, comme Machiavel, reconnait que le contrôle du peuple est bien plus facile si le monarque sait exploiter l’ascendance religieuse.

La monarchie est le dernier bastion de la protection des biens individuels et familiaux contre un état rapace, qui défendra plus volontiers les intérêts de la collectivité que des intérêts particuliers. C’est la protection de la famille royale par une série de cercles sociaux concentriques, impénétrables ; qui la séparent et la protège des sujets, et non pas des citoyens, rangés par classes sociales, des plus aristocratiques aux plus intouchables ; des classes qui mènent chacun à adapter sa communication à la classe relative de son interlocuteur ; ainsi, le maitre parle autrement à son serviteur que celui-ci répond à son maitre : c’est ce service féodal « intuitu personae » entre maître et serviteur qui n’admet franchement pas l'idée d'équipe si chère aux républicains; c’est l'idéalisation des devoirs du serviteur au profit du maître, qui offre en retour le privilège ; c’est l’isolation en classes plutôt qu'unité du peuple; c’est des codes strictes et formalisés de communication, non seulement au sein des classes, mais aussi entre elles; c’est le respect de la confidentialité; la discrétion; c’est la violence sociale étouffée par une apparence inoffensive.

Ce qui sortent de telles sociétés, sont des Monarchistes, dont les valeurs sont ceux de :
• acceptabilité du privilège individuel ;
• la protection à tout prix des droits personnels ;
• de l’idéalisation des devoirs bien avant celle des droits ;
• un concept peu clair de la collectivité ;
• la formalité dans la communication humaine ;
• l’hiérarchie et l’aristocratie ;
• la séparation des classes et l’exclusion ;
• la religion nationale et confortable, conçue de façon à contrôler le peuple ;
• la xénophobie et la méfiance compulsive de l’étranger ;
• le culte du secret

Mon vécu de la vie commune entre mes parents m’a amené à tester deux hypothèses :
1. Que leurs valeurs différentes étaient essentiellement conditionnées par leurs croyances religieuses et politiques ;
(Deuxième hypothèse ; qu'ils illustraient deux pôles opposés des valeurs européennes?)

Mais est-ce que aujourd’hui dans notre monde, la religion a encore de l'importance?
Je réponds avec une question : percevons-nous ou non l'Islam comme étant une menace ou en quelque sorte incompatible avec notre société ? Si vous pensez que oui, je vous rappelle que son fondement est entièrement religieux et que la menace perçue est essentiellement culturelle.
En quoi les Français d’aujourd’hui seraient-ils différents de ceux qui ont rejoint les Croisades ou Charles Martel? L'Islam vie actuellement son 13ème siècle, son moyen âge; c'est une religion militante, expansionniste, qui ne s'est pas encore remise d’une tutelle Ottomane de fer pendant 500 ans. L’Islam a pris la Palestine pour objet de conflit avec l'Occident; l’antagonisme larvé entre Christianisme et Islam est millénaire, et il s’inscrit parfaitement dans un registre culturel : c’est un conflit non résolu, qui tue ; alors, je répète ma question ; est-ce que la religion a de l’importance de nos jours?
De plus, comment explique-t-on les 3.500 morts dans la seule ville de Belfast depuis 30 ans? En quoi les préjugés religieux des protestants et des catholiques de l’Irlande du nord sont-ils différents de ceux qui ont conduit Maire Tudor à bruler vifs 300 protestants ou au massacre de la St. Barthélémy?
Et la différence de valeurs entre le Catholicisme et le Protestantisme est beaucoup moins forte que celle qui existe entre Christianisme et Islam!
Si des hommes sont toujours prêts à s'entretuer pour les conflits de religion, qui pourra me convaincre que la religion n'est pas enracinée au cœur des valeurs humaines, des comportements et donc des cultures?

Oui ! Le Romanisme de ma mère et le Réformisme de mon père se trouvaient en conflit larvé.

Et en quoi serait-on autrement en venant d'une monarchie, constitutionnelle ou non, qu’en venant d'une république humaniste?
Le fait que 15.000 nobles et prêtres français aient perdu leur têtes pendant la Terreur, même si c’était à la fin des 30 étés les plus froids des dernières 600 ans et quand l'Europe se trouvait au fond d’un cycle économique de Kondatrief, m'amène à conclure que l'impact des mots républicains de Jean-Jacques Rousseau sur les valeurs des Français en matière de contrat social était tout aussi fort que celui des déclamations anticléricales de Voltaire ; il aurait fait plus chaud et le cycle de Kondatrief se serait trouvé au point haut, est-ce que la France serait restée une monarchie? Après tout, les paysans ne cherchaient que du pain ! C’est une question hypothétique ; bien que les étés froids aient un impact indéniable sur le comportement, personne ne me fera croire que les opinions politiques et religieuses ne sont pas les valeurs déterminantes de construction de nos cultures nationales.

Alors, non seulement le Réformisme de mon père et le Romanisme de ma mère étaient en conflit, mais aussi leur Monarchisme et leur Républicanisme ; c’était ça leur schizophrénie culturelle !

Je maintiens donc que, si les valeurs religieuses et politiques ont conditionné ces cultures très différentes de mes parents, ils ont alors conditionné les miennes aussi, ainsi que celles de ma sœur, et par extension, celle de l’ensemble des Européens et des peuples des Amériques et de l’Australasie que des Européens ont fondés. Je laisse aux autres de tirer des conclusions pour le reste de la race humaine ! Suffit-il de vous citer, pour ce qui me concerne, l’affirmation d’un Pakistanais Sunnite, que j’ai rencontré en Italie, à savoir que les Talibans ne sont rien autre que les protestants de l’Islam.

2. Deuxième hypothèse ; qu'ils illustraient deux pôles opposés des valeurs européennes?

L'Europe est le produit de :
• 2000 ans de Christianisme;
• 1000 ans de monarchie féodale;
• 500 ans depuis la Réforme;
• 250 ans de République humaniste sur le modèle de la Révolution française.
N’oublions pas qu’au moment où nous cherchons une identité nationale, c'est ça l'Europe !

C’est une collection cohérente d'états, aujourd’hui à 80% chrétiens, dont certains sont restés essentiellement Catholiques et d’autres qui ont été touchés plus ou moins fortement par la Réforme; des états, qui tous, à un moment ou à un autre ont été des monarchies ou des principautés féodales, et dont aujourd’hui 11 restent des monarchies constitutionnelles et le reste sont des républiques ; souvenons-nous que plus que 20 principautés et monarchies germaniques ont basculé vers des constitutions républicaines en 1917.
Mettons-nous bien dans la tête que l’Européen moyen est chrétien à 80% et monarchique ou républicain à 100% ; chaque individu de cette majorité est un binôme religio-politique car Protestant ou Catholique et Républicain ou Monarchiste:

Ceci nous laisse avec 4 possibilités de profils stérétotypiques, et j’utilise des combinaisons des abréviations REF ROM REP MON pour les désigner

• ROMREP c’était le profil de ma mère et des 45% des Européens qui vivent à l’ouest de l’ancien rideau de fer; ceux qui font l'éloge de la pauvreté et du communautarisme ; ceux qui trouvent le barycentre de leurs convictions à gauche : c’est les Français ; les Italiens ; les Polonais ; les Portugais ; les Irlandais du Sud.
Quels peuvent être des exemples qui typifient leur comportement ?
o C’est l’obnubilisme avec les plus faibles et la diabolisation un peu névrotique des plus forts;
o C’est le malaise avec l’argent
o C’est les Latins, qui disent "oui," mais qui pensent "peut-être," ou même « pas question ! »
o C’est d’être responsable mais pas coupable;
o C’est la relaxation judiciaire, car le pardon est divin, du délinquant sous le prétexte que, dans sa pauvreté ou sa misère, il a au moins choisi une cible fortunée ;
o C’est les Français qui préfèrent envoyer leurs enfants en Irlande plutôt qu'en Angleterre pour apprendre l'anglais;
o C’est les Mafieux, qui passent une vie à faire du mal et reçoivent un superbe enterrement sicilien par l’évêque de Palerme;
o C’est les fromages de la fonction publique ;
o C’est la souplesse face aux principes ;
o C’est le transfert en masse de responsabilité sur l’état ou sur l’église ;

• ROMMON 14% des Européens; avec la pensée elliptique et l'individualisme ; ils sont à la fois conservateurs et mystiques ; c’est essentiellement les Espagnols, et les Flamands
En ce qui concerne leur comportement :
o C’est le DG qui démissionne dans une remontée de sang car son patron américain veut se réunir avec toute l’équipe à Madrid au lieu de travailler directement en tête à tête avec ce subordonné espagnol;
o C’est l’équipe de ce patron qui en conclue que, parce que l’américain ne voit pas leur chef en tête à tête, celui-ci va être sûrement viré ; d’ailleurs, l’exemple dit beaucoup sur le comportement REFREP américain, qui passe trop souvent à côté des sensibilités culturelles;
o C’est ces Flamands qui sont convaincus de leur vraie valeur face aux Wallons ;
o C’est ces Espagnols plutôt sérieux et pas peu fiers de leurs noms longs et aristocratiques;
o Mais la nostalgie pittoresque ROMMON de certains ROMREP se manifeste aussi dans les formes de politesse toujours un peu monarchiques des Français ; dans les fastes viennois malgré la disparition des Habsbourg depuis 1917 ; dans le Bal de l’X à l’Opéra Garnier, ou dans les travaux de l’Association de l’Entraide de la Noblesse Française ; cependant, ces caricatures d’une époque révolue n’ont absolument rien du croc dur de la vraie monarchie, contemporaine ou non.

• REFMON c’était le profil de mon père et de 12% des Européens; qui n’ont aucun problème avec l'argent ni avec le privilège individuel ; où le cœur des gens tend un peu plus à droite ; nous y trouvons surtout les Anglais, mais aussi les Danois, Suédois et les Norvégiens.
o C’est ces Anglais qui ne serrent pas la main, et qui restent aimables mais distants ; cordiaux mais, en quelque sorte, insaisissables;
o Ils entrent dans une pièce sans dire bonjour, et on se demande quelle mouche les a piqué ;
o Puisque depuis leur plus jeune âge ils apprennent à cacher leurs émotions ils nous inquiètent par le décalage entre les mots qu’ils prononcent et la passion qui manque sur leurs visages et dans leurs gestes;
o C’est aussi ces Britanniques tout aussi désarçonnés par le coup de gueule à la gauloise ;
o C’est le faste du prix Nobel en présence du roi de la Suède ou de la réception de M Sarkozy et de Carla Bruni-Tedeschi par la Reine au palais de Buckingham;
o C’est l’Angleterre qui est, selon le Times, « fendue par les classes sociales du berceau jusqu’à la tombe ; » c’est donc aussi l’art pas si subtil de l’exclusion et de l’inclusion sociale;
o C’est la rigidité absurde des principes ; à titre d’exemple, de l’Anglais, qui se relocalise professionnellement en France en faisant naïvement confiance à la parole donnée par un PDG, et qui est ensuite offusqué parce qu’il n'a pas eu le job;
o C’est la conviction de supériorité et la xénophobie du vrai monarchiste qui tiendra sa patrie toujours en marge de l’Europe, et je ne parle pas de sa géographie, afin de protéger la couronne contre tout étranger !
o C’est le contrat russe qui tombe à l'eau parce qu'on envoie un Anglais négocier avec les Russes au lieu d'un Français;

• REFREP 9% des Européens; qui croient à la vertu de l'argent et au communautarisme pragmatique et humaniste; c'est le cas de la Finlande et de la Suisse, mais surtout, et surtout, des Etats-Unis, qui ont été entièrement fondés sur les valeurs uropéennes du Calvinisme et de la République;
o C’est les Américains qui ne prennent pas le temps pour bien comprendre, ni pour bien expliquer et qui arrêtent les réunions uniquement parce que c’est l'heure, même si une discussion essentielle pour comprendre reste en cours ;
o Essayez de pousser une autre voiture garée en utilisant votre pare-choc pour créer de la place en vous garant à Zurich comme vous le faites à Paris; vous risquez d’être appréhendé sur le champ par n’importe quel citoyen suisse de passage, et pas en souplesse, et de vous trouver aussitôt assigné en justice !
o C’est la rigidité face aux principes ; c’est le maintien de la peine de mort ;
o C’est le dîner en Floride où un patron américain né dans l’Alabama récite une grâce chrétienne au microphone dans une salle de 500 dirigeants internationaux, comprenant juifs, musulmans, hindous, shintoïstes et sans doute des autres religions aussi ;
o C’est les Américains qui trouvent que l’histoire n’a rien à nous apprendre et qui semblent être obligés de répéter en permanence leurs erreurs ; d’ailleurs, Churchill a dit que les Américains « trouvent toujours la meilleure route, mais seulement après avoir essayé toutes les autres auparavant ! »

Mon père était un REFMON et ma mère a été une ROMREP ; sur tous ces points, leurs cultures étaient parfaitement opposées

Pour ceux qui attendait que je parle de l’Allemagne ou des Pays Bas, ce modèle les situe au croisement des stéréotypes ; ces peuples sont les plus pluralistes d’Europe, chacun ayant en parties égales des populations protestantes et catholiques ; l’un n’étant devenu une république que dans les années 1900 et l’autre toujours une monarchie, mais très libérale. En revanche, les Länder dans la République Fédérale montrent des profils individuellement très typés de Réformistes ou de Romanistes ; et les Calvinistes des Pays Bas se trouvent aussi géographiquement localisés, vers la frontière Est du pays je crois.

Ce modèle prédit bien les valeurs; les comportements; les ressemblances et disparités culturelles ; les écarts de compréhension entre pays.

Il nous aide à comprendre pourquoi les Européens ne se comprennent pas en matière de temps; d’argent; de communautarisme ou d’individualisme; de privilège; d’isolation sociale; sur la place de l'état; d’empiricisme; de Cartésianisme; de pensée inductive ou déductive; de pragmatisme ou de dogmatisme; de droits et devoirs; de lutte des classes ou égalitarisme; de chauvinisme et xénophobie; et sans doute d’une foule d’autres « -ismes » aussi.

Le modèle a été validé statistiquement avec les données de psycho-sociologues éminents; cependant, il comporte toujours ce vieil inconvénient de vouloir généraliser au sujet du comportement humain, mais les analyses sont convaincantes quant à la véritable existence de ces stéréotypes.

Si à ce stade dans mes travaux, je devais en tirer deux conséquences:
a. Notre patchwork culturel européen Nordique Saxon Celtique Hispanique Gaulois Baltique Latin Germanique Slave Hellénique pose un véritable défi, et je reste très pessimiste quant à la probabilité de voir de mon vivant ce rêve se réaliser d’un fédéralisme humaniste du type ROMREP si cher aux Français, Italiens et Polonais imposé à l’ensemble des 27 pays de la Communauté;
b. Ce comportement isolationniste américain, qui pose problème, même pour les Britanniques, me semble être assez sérieux; si l’Europe unie n’arrive pas à amener les Etats Unis à contrôler ses pulsions d’intolérance et de bigoterie afin de respecter la diversité dans la communauté mondiale, les Chinois, qui sont tout aussi intolérants, s’en occuperont de leur cas, et, eux, ils n’ont aucun point, ni culturel, ni historique, en commun permettant de pardonner. Un tel conflit serait bien plus grave que l’autre vieux conflit planétaire entre l’Islam et le monde Chrétien, qui trouve aussi son origine dans les écarts de culture.

Enfin je vous prie de me permettre quelques mots sur la thèse de Rémi Brague, professeur de philosophie arabe à l’université de Paris I, qui définit dans son livre, 'La Voie Romaine,’ l'Europe en fonction d'Athènes, de Jérusalem, et de l'Islam ! Sa thèse est que Rome n’a servi à rien d’autre qu’à transmettre par son empire la pensée juive, grecque et musulmane.

Sa position est vraiment trop partisane contre le Christianisme, la religion de la majorité écrasante des indigènes européens, et je la trouve de toute manière excessivement fondée dans l'antiquité; la philosophie a bougé depuis que Platon et Aristote ont été exploités par les pères de l’église, et la bible chrétienne contient un Nouveau Testament aussi ; mais où le Prof. Brague a-t-il laissé l’impact sur les valeurs des doctrines Catholiques et protestantes, par la monarchie féodale, par l’âge des Lumières ou par l’Humanisme? Soyons sérieux ! Ni Athènes, ni Jérusalem, ni l’Islam n’ont eu d’effet autre qu’anecdotique sur la doctrine de Calvin de la prédestination, ou sur l’extrême individualisme féodal de Machiavel, ou sur le communautarisme de la première république ou même sur la pensée elliptique entrainé par le sacrement du pardon divin.

Aimons-nous le style américain tellement que nous aussi nous acceptons d’oublier notre histoire ?

N’oublions pas, qu’à ce moment, où les Français semblent avoir perdu leur identité nationale, que l’origine de notre Europe est à Rome, dans le sillage de son empire, mais surtout de son église ; notre origine collectif, c’est le Christianisme ; Athènes se trouve à son extrémité, et, peut-être, Jérusalem, mais le monde Islamique se trouve encore ailleurs, du moins, pour le moment